STCRP et son Laboratoire de recherches psychotechniques

Le LABORATOIRE de RECHERCHES en PSYCHOLOGIE

 de la S.T.C.R.P. 

Société des Transports en Commun de la Région Parisienne

Inauguration le 7 janvier 1925 du Laboratoire de Psychotechnique de la STCRP / RATP

Extrait du journal « L’Auto » du 8 janvier 1925 « UNE SCIENCE NOUVELLE »

« On a inauguré hier le laboratoire de psychotechnique de la S.T.C.R.P »

Hier, vers 15 heures, a eu lieu l’inauguration officielle du laboratoire de psychotechnique de la S.T.C.R.P. devenue ultérieurement la R.A.T.P.

inauguration3M. Painlevé (rangée inférieure, de droite à gauche, n°3), président de la chambre, accompagné de MM Moro-Giafferi (à sa gauche sur la photo), sous-secrétaire d’Etat à l’Enseignement technique ; Paul Morain, préfet de police ; Naudin, préfet de Seine ; Mariage, président du conseil d’administration ; Bacqueyrisse, directeur général de la S.T.C.R.P. ; Famechon, directeur du service des permis de conduire automobiles ; J.M. Lahy, psychologue,  (rangée supérieure, de droite à gauche, n°4); Gaston Guyot, ingénieur A.M., (rangée sup. de droite à gauche, n°2), et d’autres, furent reçus par les membres du laboratoire de la rue du Hainaut, qui leur firent les honneurs, et leur exposèrent le fonctionnement de leur si intéressant système.

Les personnalités officielles prirent le plus vif intérêt aux expériences qui furent faites sous leurs yeux et aux appareils qui leur furent présentés, et félicitèrent chaleureusement J.M. Lahy, savant modeste et sympathique, des résultats réellement remarquables déjà obtenus par lui.

Lorsque la cérémonie fut terminée, J.M. Lahy voulut bien nous donner, quelques précisions extrêmement curieuses sur sa méthode et son organisation.

Seize ans d’études…autobus

     La « psychotechnique » consiste à mesurer d’une façon précise, au cours d’un examen (1 h 30 environ), les qualités de présence d’esprit, de sang froid, de nervosité d’un homme et d’évaluer d’une manière certaine ses aptitudes à un travail déterminé.

Il ne faudrait pas croire que ce soit une science naissante et que l’inauguration d’hier soit la première ligne écrite au haut de la première page d’un grand registre tout neuf… Contrairement à ce que font beaucoup de gens, J.M. Lahy a voulu attendre que son système ait fait ses preuves et soit définitivement au point pour le présenter de façon officielle.

Il y a plus de seize ans que J.M. Lahy commença ses travaux. C’était en 1908, et la Compagnie des Tramways de l’Est Parisien s’y étant intéressée, il fut appelé à examiner un certain nombre de machinistes. Les résultats furent si notables que, bien vite, la renommée de la science nouvelle passa les mers et qu’en Amérique certaines personnes s’acharnèrent sur ces données.

autobus2Puis, vint la guerre de 1914/1918.  J.M. Lahy qui était au front appliqua ses principes à une sélection des mitrailleurs et rendit ainsi d’incalculables services.

Lorsque la tourmente fut passée, il reprit ses études pour le compte de la S.T.C.R.P., qui, à sa demande, lui adjoignit, un ingénieur des « Arts et Métiers », Gaston Guyot, capable d’étudier et de construire des appareils appelés « tests ».

Les appareils réalisés par G. Guyot furent installés au laboratoire du docteur Toulouse, à l’Ecole des Hautes études, puis, l’année dernière, furent transportés rue du Hainaut.

220 machinistes furent examinés avec les tests par J.M. Lahy qui les classa d’après les indications fournis par les « tests ». Par ailleurs, G. Guyot, sans connaître le classement de J.M. Lahy, les classa par un examen pratique d’après leur façon de conduire, leurs qualités professionnelles. Résultats remarquable : les deux classements coïncidèrent presque intégralement. C’était la consécration définitive du système.

A travers le laboratoire

     Le laboratoire se compose de quatre pièces. Les deux premières servent à examiner les candidats avant qu’ils aient appris à conduire, avant qu’ils ne soient jamais montés sur le siège de conduite d’un autobus, ou sur plateforme d’un tramway: c’est de cet examen que résulte la première sélection. La troisième est la chambre des enregistreurs où s’inscrivent les graphiques des passations des tests dans les deux premières.
La quatrième, c’est le « banc d’essai » pour le classement des conducteurs déjà en fonctions, après qu’ils aient satisfait à toutes les épreuves réglementaires.

plan du laboratoire2     La première pièce est une « chambre claire ». On y mesure, au moyen d’un dynamomètre spécial, la fatigabilité du sujet, sa suggestibilité motrice, son appréciation des vitesses et des distances.

     La deuxième pièce est une « chambre obscure » où l’on mesure  « l’attention diffusée » du sujet, c’est-à-dire la justesse et la vitesse de ses réactions de pieds et de mains, à la suite d’une excitation extérieure.

   La troisième rassemble tous les enregistreurs.

   La quatrième pièce se compose d’une plateforme de tramway absolument identique à celles en usage dans les voitures de la S.T.C.R.P. avec tous les appareils de conduite habituels, freins, leviers et d’autres. L’examiné y manœuvre, comme si il était dans une des rues de Paris ; seulement tous ses gestes sont enregistrés, et l’on constate aussi de façon indiscutable, de quelle façon, et avec qu’elle précision, il les exécute.

Les résultats obtenus

   Avant qu’on ne fasse subir aux candidats conducteurs de la S.T.C.R.P. les épreuves de psychotechnique, la proportion de ceux qui, dans les écoles, étaient déclarés inaptes, était de 20 %. Maintenant qu’une première sélection se fait dans le laboratoire, le déchet des élèves n’est plus que de 4,3 %.

On conçoit l’économie considérable qui en résulte pour la S.T.C.R.P.: économie d’argent, mais aussi de vies humaines, car que d’accidents sont évités par l’élimination des incapables.

Des horizons très vastes s’ouvrent indiscutablement devant la psychotechnique, sciences d’avenir, aux applications illimitées; et il est a peu près certain qu’on reconnaitra bientôt la nécessité d’en appliquer les principes aux mécaniciens des chemins de fer, aux conducteurs de taxis, et, en général, à tous ceux qui, de par leurs fonctions, tiennent entre leurs mains, journellement, de nombreuses existences. Et ceux qui la créèrent auront droit, largement, au respect et à la reconnaissance de tous.

Création d’une structure autonome : les EAP

   La réussite de ce laboratoire se répercuta d’abord en Europe puis à travers le monde. Durant les mois qui suivirent, déjà plusieurs projets de création de laboratoires identiques furent élaborés. Pour répondre à ces demandes, J.M. Lahy et Gaston Guyot décidèrent d’assurer la réalisation des appareils (tests) et créèrent le 9 février 1927, devant Me Legay, notaire à Paris, une Société (association en participation dans les termes des articles quarante sept à cinquante du code du commerce).

   L’association ainsi formée avait pour objet : le contrôle avant livraison par les constructeurs des appareils de Psychologie, de Physiologie et de Psychotechnique. L’étude et la mise au point d’instruments nouveaux. Le cas échéant, la construction et la vente des dits appareils.les EAP

   L’association prenait la dénomination : « Etablissements d’applications Psychotechniques » (EAP), sise à Chaville (Seine et Oise), au 27 avenue Lazare Hoche. Le gérant seul connu des tiers sera Monsieur Gaston Guyot.

Ci-contre, la première carte commerciale de l’Entreprise.

lahy-guyot   C’est alors que fut demandé à Guyot, non seulement de fabriquer les tests, mais aussi d’organiser les centres d’examens tant en France: chemin de fer ; ministère de la marine ; des industries (Renault, Citroën) ; services de transports, qu’à l’étranger : Belgique ; Pologne ; Roumanie ; Espagne, etc…

   Les trois axes d’activités des EAP, qui portaient sur la gestion (liée aux actions de décisions), la production (liée aux éditions et aux fabrications diverses), et les missions (liées aux actions non-commerciales) sont résumés dans l’ouvrage de Robert et Denise Simonnet-Guyot : « Un siècle de psychométrie et de psychologie », Edition L’Harmattan, Paris.

Sur la photo ci-dessus, à gauche J.M. Lahy (1872-1943), contrôlant le fonctionnement du test de « suggestibilité », à coté duquel G. Guyot (1879-1943) vérifie les enregistrements des résultats.

 Les tests du laboratoire  depuis l’origine: description

 Le test « d’Attention Diffusée » (AD) 

     Les premières études réalisées sur le travail des conducteurs de véhicules automobiles mirent en évidence que « l’attention » devait être considérée comme l’aptitude psychologique fondamentale.

test AD01
La situation, dans laquelle se trouve le conducteur qui conduit un véhicule est un complexe formé d’excitations visuelles et auditives qui s’enchevêtrent et se succèdent à des cadences irrégulières sur le fond mobile des images de la rue. Il doit choisir entre ces excitations et répondre à ces sollicitations par des réactions de ses différents membres sur lesquels s’exerce aussi un choix.

Cette forme d’attention est différente de toutes les autres et il a été convenu d’appeler l’attitude du conducteur de véhicule « attention diffusée ».

            Photo 1

Afin de reproduire en laboratoire « l’état psychologique » du conducteur à son poste de conduite, Guyot a réalisé l’appareil dénommé « test dit d’attention diffusée » qui reprenait toutes les idées et recherches élaborées par Lahy.

   Durant l’épreuve, le sujet reçoit des excitations visuelles qui lui sont transmises, soit par un psychologue, soit par un opérateur formé à cette technique, comme le montre la photo 1 sur laquelle on perçoit, placé devant le psychologue, le candidat.

Les excitations visuelles proviennent de six lampes (deux blanches, deux vertes et deux rouges), et d’excitations auditives données par deux sonneries, l’une avec un timbre métallique, l’autre avec un timbre qu’il est possible d’identifier au bois.

Les réactions des pieds sont: l’abaissement du pied gauche sur la pédale de gauche; le relâchement du pied droit qui est en appui sur la pédale de droite. Ces deux mouvements peuvent avoir lieu séparément ou simultanément.

La réaction de la main consiste à exercer une pression avec le pouce sur le bouton de la presselle tenue dans cette main.

   test AD02     test AD03

Photo 2                                      Photo 3

Sur la photo 2, on perçoit distinctement les deux pieds du candidat en position d’appui et de relâchement.

   Sur la photo 3, sur laquelle est présenté le même candidat en situation d’examen, il est possible de distinguer les positions des mains et des pieds prêts à exécuter les mouvements qui lui seront demandés.

   L’épreuve comprend deux séries de 90 excitations, distribuées ultérieurement automatiquement. La première série ne comporte que des excitations visuelles ; la seconde des excitations visuelles et auditives. De plus, existe une perturbation liée à l’émission de sons très sonores (klaxon), durant le déroulement de la deuxième partie de la seconde série.

  test AD04  test AD05

Photo 4                                             Photo 5

  Les appareils furent adaptés aux révolutions technologiques durant les décennies qui suivirent.

   La photo 4 présente le test construit en 1950, et la photo 5 le même test réalisé en 1969. Avec l’arrivée de l’informatique, le programme de l’AD sera intégré en 1989 dans un appareil qui regroupera tous les programmes des tests de réactions psychomotrices.

Le test « d’Attention Concentrée à réactions manuelles » (MA) 

   Pendant l’action de conduite, le conducteur doit pouvoir rejeter de sa pensée tout ce qui ne concerne pas cette action, mais conserver en « arrière pensée » les connaissances qui pourraient être utilisées dans des phases ultérieures. L’esprit est alors en attente et disponible pour percevoir tout ce qui pourrait/ ne pourrait pas être en rapport avec les conditions adéquates d’une conduite sans risque d’accident.

Lahy, pour évaluer la « concentration » des candidats à ce poste de travail, avait conçu un appareil en reprenant les bases d’un test très classant dans le dépistage des personnes prédisposées aux accidents, imaginé par Giese, mais en modifiant les types de stimuli.

Ce test dénommé « d’attention concentrée à réactions manuelles » se composait d’une bande de papier qui défilait plusieurs fois devant une fenêtre, durant un temps déterminé et précis, sur laquelle était imprimées des lignes composées de séries de lettres (photo 7).

test MA     test MA2

Photo 6                                                                  Photo 7

   L’épreuve comportait deux parties: la première, l’apprentissage qui avait pour but de familiariser le sujet avec les conditions de l’expérience; la seconde, le test (photo 6) qui consistait à faire défiler 150 séries de 5 lettres, le candidat devait appuyer sur une presselle à chaque fois qu’il percevait la lettre « S » ou la lettre « Z » puis, relâcher immédiatement. Une batterie de compteurs enregistrait les réponses justes et les réponses fausses.

Le test des « Temps de Réaction Simple » (chronoscope)

   Le « temps de réaction » a toujours été défini comme le délai minimum d’une réponse volontaire déterminée par rapport à un stimulus donné. Le temps, facteur important dans les principes de la nature quels qu’ils soient, intervient nécessairement dans tous les processus physiologiques mis en jeu dans les fonctions supérieures aussi bien que dans tous les processus psychophysiologiques ou plus purement psychiques, et ceci d’autant plus qu’ils sont plus complexes. La mesure de « temps de réaction » a toujours occupé une place importante pour l’évaluation des réflexes et la détermination de leurs caractéristiques : rapidité, régularité, fatigabilité. Pour être valide, il avait été décidé à cette époque que la réponse au test (dénommé aussi chronoscope) devait être exécutée obligatoirement par la main, à une suite de 32 stimuli standardisés, qui ne pouvaient être que, soit visuels (lumière), soit auditifs (son).

   La rapidité du temps de réaction était considérée par Lahy comme une valeur « consultative ». Les sujets dont la moyenne était égale ou supérieure à 21 centièmes de seconde aux temps de réaction auditif, passés en chambre noire (35 stimuli, on ne tenait pas compte des 5 plus lents) étaient éliminés si leur lenteur de réaction n’était pas compensée par une supériorité très affirmée (classement dans le premier décile) dans un autre test. Ce seuil placé à 21 centièmes de seconde éliminait environ 4% des candidats à l’apprentissage du métier de conducteur.

   La photo 8 montre un appareil très ancien datant, approximativement, des années 1910. L’examinateur, dont on aperçoit la main à droite sur la photo, frappe sur la table avec un maillet qui, relié à l’appareil, déclenche électriquement, la mise en fonctionnement de l’aiguille. Le candidat, dont on aperçoit la main à gauche sur la photo, doit répondre le plus rapidement possible en appuyant sur le bouton de la presselle.

test TRS           test TRS2

Photo 8                                                                           Photo 9

   Le test présenté sur la photo 9 date des années 1930. A cette époque, le chronoscope était doté d’un carter métallique. Le candidat répond avec sa main à 32 stimuli qui ne sont pas encore automatisés. Ils le seront ultérieurement avec l’arrivée de l’électronique vers 1960, en attendant cette date ils seront distribués, selon la loi du hasard, dans un intervalle de 2 à 4 secondes. Sur cette photo, l’examinateur est Denise Guyot, fille de Gaston Guyot, qui, formée au métier d’opérateur, examine un candidat.

Le test du « Tourneur »

   Outre l’aptitude qu’indique le nom du test et qui engage des fonctions psychomotrices très complexes, l’exécution de cette épreuve fait intervenir, dans une large mesure, des facteurs intellectuels tels que le raisonnement qui dirige l’apprentissage des mouvements de dissociation, auquel s’ajoute un effort d’attention soutenue.

     Le test du « Tourneur », présenté sur la photo 10, date des années 1925. C’est un document d’archive, un appareil de ce type n’existe certainement plus aujourd’hui. La présentation de ce test a subi plusieurs transformations durant les années qui suivirent, pour atteindre une présentation proche de sa forme définitive vers 1933. Il était composé d’un système de pantographe permettant de laisser une trace représentative de la façon dont le sujet avait effectué son travail. Ultérieurement, il se composera d’un « chariot de tour », avec deux manivelles, au moyen desquelles le sujet devra faire suivre, à un pointeau, un tracé rectiligne et curviligne, isolé de la plaque métallique qui le supporte. Pour remplacer l’ancien pantographe, un dispositif inclus dans le nouvel appareil permettra l’inscription du tracé exécuté par le candidat.

Tout contact du pointeau avec la partie métallique constitue une erreur dont le nombre et la durée sont enregistrés par des compteurs électriques. L’épreuve est chronométrée.

test Tourneur        test Tourneur2

Photo 10                                                                     Photo 11

La photo 11 présente la passation du test avec un appareil, à peine visible, datant de 1933. Guyot examine un candidat et note les résultats au cours de la passation.

Le test du « Traçage » (mouvements coordonnés)

     Le test du « Traçage » dénommé ultérieurement, vers 1970, le test des « mouvements coordonnés de Lahy (MCL) » est basé sur des mouvements d’ajustement, très simples dans la première partie de l’épreuve, et plus complexes dans la seconde. Il permet de déceler chez les sujets des troubles « neuro-moteurs » qui s’expriment par des tremblements des mains comme, par exemple, dans l’éthylisme, ou des troubles de la « stabilité psychomotrice » qui se manifestent par des gestes saccadés, inhibés, brusques ou subchoreiques.

test MCL         test MCL2

Photo 12                                                                        Photo 13

     La photo 12 présente l’appareil, composé d’une tablette mobile munie de deux poignées, il devra être déplacé d’avant en arrière. Cette tablette mobile comporte un tracé sinueux continu en ébonite de 3 mm de largeur. Au dessus de cette tablette, un pointeau fixe est supporté par un col de cygne solidaire du socle.

   L’expérience, comme le montre la photo 13, consiste à faire glisser, comme le fait le candidat sous le contrôle de l’opérateur Denise Guyot, la tablette mobile de façon à ce que le pointeau ne quitte pas la ligne d’ébonite. Chaque contact avec la partie métallique est considéré comme une erreur. Sont pris en compte, la rapidité, le nombre et la durée des erreurs.

Le test du « Pointage »

   Le test du « Pointage » est une épreuve qui n’exige qu’un travail purement moteur ne faisant appel qu’à des mouvement simples d’ajustement à un rythme déterminé. Il permet de déceler, outre la précision du geste, comme le montre la photo 14, la stabilité et la résistance du comportement à la monotonie.

test Pointage          test Pointage2

Photo 14                                                                           Photo 15

        Deux fenêtres rectangulaires laissent apparaître des plots de 6 mm de diamètre posés, sur les derniers appareils, irrégulièrement sur la paroi d’un cylindre tournant. A l’origine, les plots étaient remplacés par des trous sur un bande de papier qui en se déroulant permettait les frappes d’un stylet dans chaque trou, derrière lesquels une pièce métallique assurait les contacts. La photo 15, datant des années 1932, sur laquelle Denise Guyot faisant office de psychologue, et son père Gaston Guyot, faisant office de candidat, donne une idée du fonctionnement du test. L’épreuve consiste en la présentation de 100 séries de plots.

Le test de la « Poinçonneuse »

test Poinconneuse  test Poinçonneuse2

Photo 16                                                         Photo 17

Le test de la « Poinçonneuse, photo 16, est une épreuve destinée à mesurer la rapidité et la précision dans un travail simple, monotone ainsi que l’agilité motrice.

En situation d’examen (photo 17), le sujet actionne avec sa main droite le levier qui descend la tige sur la bande transparente, qui a été, auparavant, placé à un endroit très précis avec sa main gauche, et la perfore. Chaque erreur est enregistrée. Les résultats furent en redondance avec ceux du test du « Traçage ». Les demandes de la part des psychologues s’estompèrent et la production fut abandonnée entre les années 1936 et 1939.

Le test du « Tachodométre » et le « Psychogalvanomètre »

     Le test du « Tachodomètre » (photo18) est une épreuve d’appréciation de vitesses et de distances. Il est destiné à la sélection des conducteurs de véhicules et permet de mesurer avec quelle exactitude un chauffeur est capable d’apprécier dans la profondeur de son champ visuel axial, le point de rencontre de deux masses mobiles se déplaçant l’une vers l’autre ou en directions opposées à des vitesses égales ou différentes. Ultérieurement, le test prévoyait que cette appréciation pouvait se faire : en vision diurne, en vision crépusculaire, en vision nocturne.

     Le « Tachodomètre » se composait à l’origine de trois voies ferrées en miniature, fonctionnant simultanément sur une table.

   Le sujet doit apprécier le point de rencontre des trains marchant à des vitesses différentes et en sens directs ou inverses. La photo 18 laisse entrevoir l’un des premiers « Tachodomètre» sur lequel des disques noirs, verts et rouges se déplacent transversalement. L’expérience consiste à appuyer sur une presselle au moment précis de la rencontre des mobiles. Les résultats sont enregistrés sur des compteurs.

test Tachodomètre                 test Psychogalvanomètre  

Photo 18                                                                                  Photo 19                               

Le « Psychogalvanomètre » (photo 19). La technique à cette époque permettait de mettre au point un appareil d’une assez grande précision destiné à mesurer et enregistrer les variations de l’impédance cutanée.

     Les applications du « Psychogalvanomètre » furent nombreuses tant en psychologie qu’en psychiatrie et audiométrie. Ce matériel, qui n’est pas un test, était surtout utilisé par Lahy pour la recherche de l’émotivité. Cet appareil (photo 19), souvent appelé « l’appareil de détection du mensonge » ne fut utilisé que pendant un temps très court dans le laboratoire de la S.T.C.R.P., juste le temps pour constater qu’il n’avait guère d’utilité.

Le test de « Suggestibilité »

   Lors de la passation du test de « Suggestibilité » le sujet, les yeux bandés, et le psychologue ou l’opérateur tournent ensemble deux poulies avec une manivelle, solidaires ou non à la volonté de l’opérateur, dont les rotations sont absolument quelconques. Leurs variations se traduisent sur un tambour noirci, par une densité plus ou moins grande de hachures (provenant de vibrations de diapasons).

L’opérateur solidarise les deux poulies: le sujet modifie le rythme de son mouvement pour s’accorder avec le sien.

L’opérateur désolidarise les deux poulies, à l’insu du sujet: celui-ci modifie encore son rythme. La façon dont le sujet obéit ou résiste à ces impulsions extérieures mesurent la suggestibilité.

test Suggestibilité          test Suggestibilité2

Photo 20                                                                         Photo 21

   Sur la photo 20, J.M. Lahy règle le test de suggestibilité afin de ne pas laisser au hasard les variations des résultats du prochain examen.

   Sur la photo 21, G. Guyot nous permet de comprendre la passation du test de suggestibilité.

Le test « Dynamographe » enregistreur

   Le « Dynamographe » (photo 22) est utilisé pour mesurer la force et l’endurance du sujet par l’intermédiaire d’un effort localisé dans la main. L’appareil utilisé est un dynamographe manométrique amplificateur, commandé par une poire en caoutchouc remplie d’eau, tenue par le sujet. La pression exercée par la main fait dévier l’aiguille de l’appareil qui inscrit les phases de l’expérience sur une bande de papier d’un enregistreur mû par un moteur électrique.

   Le test consiste à demander au candidat de prendre la poire dans le creux de sa main et la comprimer de façon à faire dévier l’aiguille de l’appareil au maximum, et de maintenir cette pression la plus longtemps possible.

test Dynamographe         test Dynamographe2

Photo 22                                                                           Photo 23

Deux valeurs sont prises en compte, la force maximale (pression initiale), et l’endurance (temps qui s’écoule entre le début et la fin de l’effort). L’enregistrement graphique permet une analyse détaillée des fluctuations de l’effort du sujet.

La photo 22 présente l’appareil dans une position horizontale, ils seront présentés verticalement au cours des années suivantes. Sur la photo 23, un candidat exécute le test sous le contrôle de Denise Guyot.

Test du dénombrement des passagers

   Ce test se compose d’une dizaine de photographies représentant un intérieur d’autobus dans lequel des passagers, en nombre différent, sont présents.

 test dénombrement  Le peu d’informations concernant ce test, qui semble ne pas avoir dépassé le stade expérimental, nous provient de Denise Guyot qui se souvenait d’études réalisées vers les années 1930. Il semblerait qu’à l’origine ce test avait pour but de savoir si le candidat conducteur pouvait, d’un simple coup d’œil, considérer si l’autobus était complet ou non, ceci afin de réduire le nombre d’arrêts. Lorsqu’un passager voulait descendre, il appuyait sur un bouton, qui, relié à une sonnerie dans la cabine du conducteur, le prévenait qu’un passager désirait « descendre à la prochaine ». Si le véhicule était complet et que personne ne voulait descendre il pouvait continuer de rouler sans s’arrêter, ce qui économisait considérablement la mécanique, les freins, l’embrayage, la boîte de vitesse et réduisait la fatigue du conducteur.

test dénombrement2   test dénombrement3

test dénombrement4  test dénombrement5

 

test dénombrement6  test dénombrement7 

test dénombrement8   test dénombrement9

test dénombrement10

Utilisation des résultats

profils psy     Un dossier sur lequel sont rassemblées toutes les notes permet de pouvoir chiffrer et tracer un profil sur une feuille spécialement conçue « feuille de profil » pour laisser apparaître les points forts et les points faibles.

Le profil ci-contre rassemble les résultats de deux personnes.

Le profil en trait plein représente les performances d’un aiguilleur dont les résultats ont été notés par la maîtrise du service. Les résultats révèlent une insatisfaction dans son service de la part de cette maîtrise.

Le second profil en pointillés représente les résultats des tests passés par un candidat au même poste d’aiguilleur. La comparaison des deux profils dénote une similitude qui laisse prévoir une inadaptation de ce candidat à remplir les fonctions requises.

Etat des lieux de la circulation à Paris et dans la région parisienne

circulation Paris  En dix années, entre 1923 et 1933, le nombre d’autobus a augmenté de 34% alors que le nombre d’accidents a diminué de 33%.

En ce qui concerne les autres véhicules de Paris et de la région parisienne, qui n’étaient pas soumis à l’examen psychotechnique, leur augmentation a été de 200 %, alors que le nombre d’accidents était lui aussi en augmentation de 145 %.

Les activités de la structure autonome (EAP)

Alors même qu’elle n’avait qu’une quinzaine d’années, Denise Guyot, prenait conscience que son père, aidé par J.M. Lahy, organisait la mise en place de l’atelier de fabrication de leur nouvelle Société (EAP) dans le pavillon qu’elle habitait avec toute sa famille à Chaville.

     Il faut se reporter à cette époque pour comprendre, que même si ces deux personnages ont toutes les compétences pour réussir, le succès n’était pas assuré. Intéressée par le projet de son père, elle s’intègre machinalement à cette aventure qui conditionnera toute sa vie.

   Inconsciemment, elle cheminait déjà vers ce qui sera sa réussite dans l’accomplissement de sa tâche, à savoir, la gestion judicieuse des EAP, et la notoriété donnée à la psychométrie française à travers le monde.

     En 1940 elle entre dans la Résistance (réseau ALI-TIR), et participe aux activités d’un réseau de renseignements. En 1943, elle suit les cours de l’INETOP et en sort diplômée en 1945. Durant ses études, elle succède, dans des conditions très difficiles à son père décédé brutalement le 14 juillet 1943. J.M. Lahy, décèdera cette même année.

     En 1945, l’entreprise passe sous la gérance et la direction de Denise Guyot. Elle va alors diriger la société qui sortira progressivement de sa phase artisanale.

     En 1956, elle allait pouvoir retrouver l’ambiance scientifique paternelle qu’elle avait connue avec son père par la rencontre de Robert Simonnet qui, comme lui, ingénieur d’une école d’aéronautique (ESTACA), ajoutera à ce titre celui de psychologue-psychotechnicien après cinq années d’études au Conservatoire de Arts et Métiers (CNAM), et qu’elle épousera par la suite.

     En 1965, pour satisfaire à la déontologie de la profession, il fut décidé de retrouver l’équilibre initial (psychologue/ingénieur) du Conseil d’Administration des EAP, en y ajoutant les psychologues Raymond Bonnardel, jusqu’à sa retraite, puis Pierre Goguelin.

     En 1973, Denise Simonnet-Guyot (1914-2016) cède la gérance et la direction des EAP à Robert Simonnet.

   Pendant 30 années, à la Direction d’une entreprise qui comptera entre 15 et 25 personnes, dont la renommée fut mondiale, elle participa, avec Robert Simonnet, à de nombreuses missions, expositions internationales et congrès, qui la conduisirent à Rome, Moscou, Belgrade, Madrid, Mexico, Djakarta, et bien d’autres capitales où elle diffusa la pensée française associée au savoir psychologique de notre pays.

Elle avait été faite Chevalier dans l’Ordre national du mérite en 1980 au congrès de l’ACOF.

Elle a reçu la médaille du mérite UNC en 2013 pour son engagement dans la résistance.

Denise GuyotProfessionnellement active jusqu’au dernier jour de sa vie et, mémoire de sa profession, la photo ci-contre la présente en 2014 dans sa centième année, pendant le congrès de l’ACOF, à la mairie de Strasbourg, où elle félicite et remercie Madame le Maire adjoint d’avoir dans sa ville un hôpital, hautement compétent, qui l’a guérie d’un cancer il y a quarante années.

Une de ses dernières pensées :

« Le savoir à la fin d’une vie permet à la mémoire de chacun de construire la mémoire collective pour le bénéfice de tous ».

Le lecteur trouvera des compléments et de très nombreux développements dans le livre de Denise Guyot et Robert Simonnet, Un siècle de psychométrie et de psychologie. Etablissements d’applications psychotechniques, Paris, L’Harmattan, 2008. Simonnet-Guyot

Comme le mentionnait Bernard Lespes, psychologue : « ils ont écrit un livre-témoignage exceptionnel sur cette aventure séculaire. Il représente un vécu peu ordinaire…un siècle au cours duquel Denise et Robert Simonnet-Guyot ont fait connaître et diffusé la science et les outils professionnels des psychologues français dans le monde entier ».

Photo ci-contre : le jour de la signature du livre.

Page rédigée par Robert Simonnet